Les conflits des générations et le souhait d’une révolution

La Compagnie Création Ephémère de la France présente „Variations Antigone“ d’Eugène Durif au théâtre RambaZamba 

 

Celle là, celle qui marche vers la mort, elle est folle. C’est ce que les gens pensent d’elle. Mais elle garde son courage : „elle marche la tête haute vers la mort“.
C’est bien la vieille histoire d’Antigone qui est condamnée à la peine de mort car elle agit contre la loi. Et il y a des problèmes familiaux, ses frères qui se battent à mort, sa sœur qui n’est pas à ses coté et le roi Créon qui a le pouvoir. La manière dont ces problèmes-là sont représentés reflète beaucoup les conflits d’aujourd’hui.

Il y a un portrait énorme du roi Créon au mur. Le mouvement pour saluer avec son bras semble comme celui que les Nazis faisaient. Et après qu’un des frères est mort, un Zombie apparait et fait la même chose. Bien sûr qu’aujourd’hui nous ne sommes plus dans une telle dictature, mais il y a des facteurs qui nous manipulent énormément. Par exemple la publicité qui se présente sur des grands posters et qui créent une norme d’après laquelle nous nous jaugeons. Qui sera respecté dans notre société dépend aussi de la force qu’il atteint dans ces normes. „Toujours baisser la tête ?“, demande Antigone. „La liberté n’est rien qu’on nous donne. La liberté, il faut qu’on la prenne soi-même!“

Le garde raconte l’histoire comme la malédiction trace son chemin et de „un humain dépecé, démembré comme un animal“ pour les dieux. L’acteur a un handicap et dans le contexte qu’il nous parle de ça, il déclenche la réflexion sur ce que nous sommes disposés à faire pour que cette société soit conforme aux normes.

Les dialogues, les mouvements et l’interaction compressés risquaient parfois une langueur désagréable. Ces craintes vont être niées par les uns. Mais pour d’autres la pièce n’est pas conforme aux espérances : celle d’être entretenue. Non, ce n’était pas la pièce qui voulait remplacer le nouveau Blockbuster. Il fallait réfléchir soi même parfois.

Les costumes et les accessoires étaient gothique, jouaient avec les couleurs et se nourrissent du clair obscure. Peut-être Antigone était un peu punk avec ses chaussures ressemblent des Dr. Martens et le collant troué.

Les acteurs sont très forts et les musiciens persuasifs grâce à leurs doigts doués au piano ou la voix puissante.
Comme la pièce en général, les sons sont lourds. Parfois on risque à franchir la frontière du pathétique. Mais la pièce, dans sa manière de représentation, n’était pas moderne. Les thèmes, par contre, le sont.

Vers la fin on entend des paroles venir des haut-parleurs. On croit entendre « Nazi », comme si le peuple suivait son chef partout. Mais c’était bien le contraire. Ils criaient « stasi », ce qui veut dire révolution en grec. Cette pièce invite alors – ou lance même un appel – à arrêter de suivre aveuglément les manipulations qui nous entourent. Et même avec les yeux fermés, on sait voir ce qui est à nous. Puisque au moins nos pensées sont libres !

„J’ai fais un rêve“ dit un autre. Ca nous rappelle Martin Luther King avec „I had a dream“. Et ici on parle beaucoup de couleurs aussi. C’est les histoires des enfants qui jouent à faire semblant de se tuer. Quand ils ne jouent pas ils se demandent „Qu’est ce que tu vois les yeux fermés?“ „Le noir que l’on touche du bout des doigts ou la main qui passe sur ton visage“. La main c’est la mienne ? C’est la tienne ? „Je ne sais plus.“

La pièce s’achève, le théâtre va bientôt éteindre ses lumières et le gardien nous dit : „Là, il n’y plus que la lumière du théâtre qui meurt tout doucement, avec cette histoire qui s’est finie… Moi, je ferme les yeux pour les garder avec moi.“